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A Veyrier, ce cimetière qui enjambe la frontière

  • Photo du rédacteur: Cecilia Mason pour Signé Genève
    Cecilia Mason pour Signé Genève
  • 20 août 2014
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 janv. 2021

A quelques pas de la douane, le long d’un chemin qui s’enfonce jusqu’aux rives de l’Arve, se cache le cimetière israélite de Veyrier. Inauguré en 1920, il est le seul cimetière juif utilisé aujourd’hui par la communauté israélite dans le canton de Genève où l’on dénombre près de 3500 tombes. Situé exactement sur le tracé de la frontière, il témoigne surtout d’une histoire peu commune que nous raconte Jean Plançon, gardien des lieux, guide et historien autodidacte, auteur de deux ouvrages sur l’histoire des Juifs de Carouge et de Genève.


Vue sur le cimetière. © Cecilia Mason, 2014


« Unique au monde »

Plutôt fréquenté par les joggeurs et les promeneurs qui apprécient ce coin tranquille près des vignes, le chemin de l’Arvaz est néanmoins connu pour abriter les tombes de plusieurs personnalités du monde politique, littéraire ou économique dans le cimetière voisin. C’est le cas de l’écrivain Albert Cohen mais aussi des banquiers Edmond Safra et Edouard Stern, ou encore du roi du cigare, Zino Davidoff. Pour autant, ce ne sont pas vraiment les célébrités qui font la particularité de ce cimetière. Bien que portant faussement le nom de Veyrier, la majorité des tombes se trouve en effet sur territoire français. De par cette position transfrontalière, « il est unique au monde » estime Jean Plançon qui veille sur les lieux depuis maintenant 20 ans. « Beaucoup sont limitrophes mais je n’en connais aucun qui soit traversé par une frontière » complète-t-il. D’où vient donc cette singularité ? Au début du XXème siècle et malgré deux agrandissements, le cimetière historique de Carouge a atteint sa capacité maximale. Une loi genevoise de 1876 interdisant l’agrandissement ou la construction de nouveaux cimetières confessionnels, la Communauté israélite de Genève (CIG) trouve une solution en acquérant un terrain à Veyrier qui dispose de parcelles continues situées en France voisine, au Pas-de-l’Echelle. « Ce n’est pas vraiment que la législation française concernant les cimetières confessionnels était différente mais on avait le permis d’inhumer sur un terrain privé » raconte le gardien, qui s’est plongé au fil des années dans les archives. Une indulgence qui fera encore foi lors de son agrandissement abouti dans les années 1980.


Un passage clandestin

Cette disposition géographique eut naturellement son importance durant le deuxième conflit mondial et les années qui suivirent. « On estime que près de 12'000 Juifs sur les 22'000 recueillis officiellement en Suisse sont passés par la frontière genevoise » relate le spécialiste. Aidés par des filières organisées mais aussi par de simples habitants des environs, certains traversent le cimetière clandestinement, parfois même avec une certaine facilité. « La frontière qui longe le Salève a toujours été très perméable et sous l’occupation italienne en France, les officiers étaient peu regardants, voire même complaisants » souligne l’historien. Les choses ont par contre radicalement changé avec l’arrivée des allemands qui bouclèrent les lieux, contraignant la CIG à réutiliser le cimetière de Carouge jusqu’à la fin de la guerre. Plus tard, après la création d’Israël en 1948, le lieu devient à nouveau un lieu de passage dans la direction opposée. « Dans ce contexte d’exode, il n’était pas si facile d’obtenir des autorisations de sortie» explique Jean Plançon. « On a noté quelques records d’affluences à des funérailles qui ont permis à plusieurs centaines de Juifs de rejoindre des cheminots de la SNCF » détaille-t-il. Ces derniers les aident à embarquer clandestinement dans des trains à destination du Sud de la France d’où ils pourront rejoindre la terre promise.


Un droit de passage qui perdure

Aujourd’hui, cette spécificité territoriale a perdu de son importance et les visiteurs du cimetière franchissent souvent la douane sans même s’en apercevoir. Même si les gardes-frontière conservent leur droit de passage, « depuis les accords de Schengen, leur présence est plus rare » nous confie encore Jean Plançon. Seul le gardien continue de jongler entre les autorités françaises et suisses pour permettre les ensevelissements. « La plupart des gens enterrés ici décède à Genève mais le permis d’inhumer est délivré par les autorités françaises », raconte-il, coutumier des procédures. Une tracasserie bureaucratique qui devrait moins se poser à l’avenir. Depuis 2005, une nouvelle loi genevoise permet en effet d’utiliser les parties de ce cimetière situées côté suisse.


© Cecilia Mason, 2014

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​© 2021 Cecilia Mason

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