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Les contestataires de la place Taksim

  • Photo du rédacteur: Cecilia Mason pour Le Blog des Tournettes
    Cecilia Mason pour Le Blog des Tournettes
  • 21 déc. 2013
  • 3 min de lecture

Istiklal Caddesi, l'artère piétone où se rassemblent les opposants politiques, Istanbul, décembre 2013.

Photographie : © Miguel Arsenio, 2013


Depuis le terminus du tram de Kabatas situé au bord du détroit, un saut de puce en funiculaire conduit au quartier branché de Beyoglu et à sa célèbre place Taksim. Centre nerveux de la ville moderne, l’esplanade est cependant dépourvue de charme et est bordée principalement par des grands hôtels et des chaînes de restaurants. Autour de la place XXL qui commémore la création de la République et où s’élève le monument représentant Atatürk et quelques autres fondateurs, les stambouliotes fourmillent et le trafic circulaire suit son cours. Une tension est pourtant palpable à la vue d’un important dispositif policier apparemment paré à toute éventualité. Escortés de leurs chiens et armés jusqu’aux dents, ils observent derrière des barrières les mouvements de la foule, leurs paniers à salades prêts à embarquer quelques manifestants trop virulents.

Il faut dire que le lieu a toujours été le théâtre de rassemblements de tout ordre. Mais depuis mai dernier, la place et le parc Gezi voisin évoquent surtout le mouvement politique massif qui s’est tenu contre le gouvernement du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, accusé de dérive autoritaire et d’« islamisation » de la société turque. Parmi certaines mesures mises en place par l’AKP, la levée de l’interdiction du voile dans les lieux publics, notamment dans les universités. Depuis, le voile a fait son retour dans l’administration publique et même à la télévision. Fin octobre, quatre députées se sont présentées voilées à une séance du parlement. En novembre dernier, c’est une journaliste qui portait le voile pour présenter les informations à la télévision publique. Une première. Dans un pays où la laïcité est garantie par la constitution, ces signes représentent pour les laïcs une atteinte aux valeurs de la République alors que l’islam politique invoque les libertés individuelles.


Ce sont en fait les débats enflammés autour de la transformation du parc Gezi voisin en centre commercial qui a mis le feu aux poudres. Ici, pourtant, en ce samedi 21 décembre, et en dépit de l’actualité politique pour le moins tumultueuse de ces derniers jours, c’est le calme plat. Aucune trace de manifestations. Disparue la jeunesse turque, évaporés les slogans et les pancartes. Il faut descendre quelque centaine de mètres le long d'Istiklal Caddesi, une longue avenue piétonne et commerçante traversée par un ancien tramway pour apercevoir les premiers opposants politiques. Au milieu des passants et touristes qui vaquent à leurs courses de Noël dans les grandes enseignes occidentales, nous rencontrons Elgin, 18 ans, et Onur, 23 ans, arrêté plusieurs fois puis relâché lors des manifestations du printemps dernier. Membres du parti communiste TKP, ces jeunes étudiants font le pied de grue devant les grands magasins en lançant des slogans anticapitalistes et en vendant la gazette du parti avec leurs camarades. Onur et Elgin font partie de cette jeunesse turque qui a pu bénéficier de la prospérité économique de ces dernières années mais qui réclame maintenant une alternance au pouvoir. « Douze ans c’est trop ! » s’exclame Elgin.

Elgin, 18 ans, et Onur, 23 ans, étudiants et militants politiques en Turquie.

Photographie : © Miguel Arsenio, 2013


Deux jours après le coup de filet anti-corruption qui visait son entourage, le chef du gouvernement a dénoncé ce samedi matin un complot qui aurait été fomenté selon lui par la confrérie religieuse Gülen depuis les Etats-Unis. Ancien allié d’Erdogan, son prédicateur aurait été désabusé par les pratiques autoritaires du Premier ministre et aurait usé de ses liens étroits avec les milieux policiers et judiciaires pour le faire vaciller. A l’heure où le gouvernement tente de faire le grand nettoyage dans les rangs de la police, les partis d’opposition dénoncent bien-sûr la dérive islamiste du gouvernement actuel mais aussi l’aggravation ambiante de la corruption, une politique oppressive ainsi que la mainmise que le Premier ministre tente de conserver sur la police et la justice.



Istiklal Caddesi

Photographie : © Miguel Arsenio, 2013


Un peu plus loin, nous trouvons d’autres partisans de la gauche radicale qui recueille des signatures. A des fins purement dissuasives, la police effectue de temps en temps un passage remarqué. Mais à part cela et l’animation commerciale, la situation aux abords de la place Taksim est on ne peut plus paisible. Le grand rassemblement ? « C’est demain à Kadiköy !» nous glisse Elgin. Officiellement autorisée et coordonnée par différents partis d'opposition, la manifestation provoquera le lendemain plusieurs heurts entre policiers et opposants sur la rive asiatique. Au nombre de 10'000, les manifestants seront dispersés à coup de balles en caoutchouc, de gaz lacrymogène et de canons à eau.

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​© 2021 Cecilia Mason

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