Les cocktails ne font plus recette dans les quartiers branchés de Beyoglu
- Cecilia Mason pour Le Blog des Tournettes

- 22 déc. 2013
- 3 min de lecture

Photographie : DR
Dans les rues de Beyoglu fleurissent autant de restaurants, de bars et de clubs que de poissons dans le Bosphore ! Haut lieu de la vie nocturne stambouliote, les différents quartiers de la zone n’ont rien à envier à Londres ou à Berlin. En fin d’après-midi, on trouve bohèmes et étudiants venus fumer la chicha sur les terrasses avec vue sur le détroit qui abritent de nombreux cafés narghilés. Dans un nuage de fumée aux arômes de pomme, ceux-là sirotent un thé et jouent tranquillement au backgammon.
Une ambiance plus festive se profile quand les jeunes se rassemblent le soir dans les bars et restaurants de Cigahir non loin de la place Taksim. L’été, les discothèques qui longent le côté ouest du Bosphore font le plein et accueillent jusqu’à l’aube les clubbeurs venus se trémousser et boire des cocktails au bord de l’eau. Exit le cadre traditionnel, on est là pour faire la fête ! Ici, la plupart des femmes ne porte pas le voile. Et comme la plupart des femmes européennes, elles aiment parfois boire un verre de vin le soir en sortant de leur bureau. Par ailleurs, le choix des bars gays et lesbiens est pour le moins varié et il n’est pas rare de voir les homosexuels se promener en se tenant la main. Dans ces lieux animés jusque tard dans la nuit et à en juger par la clientèle cosmopolite qui les fréquente, on peut aussi bien se croire à Rome, Athènes ou Lisbonne. Jusqu’à peu, dans les longues files d’attente qui se forment le week-end devant les établissements branchés, les stambouliotes tirés à quatre épingles fumaient, buvaient et faisaient du bruit sur le trottoir.
En ce samedi soir de décembre, pourtant, Cigahir n’offre pas le cliché festif auquel le visiteur peut s’attendre. Serait-ce la température qui aurait fait fuir les fêtards ? La saison se prête certainement moins aux apéritifs sur les terrasses. Mais en réalité, de l’avis de certains observateurs et des habitants, la fête se meurt gentiment à Beyoglu. Alors que le quartier souffrait déjà de l’interdiction de boire dans les rues, le Premier ministre a en effet fait voter cet été une loi interdisant la vente d’alcool entre 22 heures et 6 heures, ce qui a entraîné immédiatement une levée de boucliers chez les commerçants qui perdent de l’argent aux heures les plus intéressantes. Les défenseurs de la laïcité y voient quant à eux un moyen de contrôler la vie privée des citoyens et d’islamiser la société. De ce fait, la consommation se fait plus discrète, les buveurs s’attablent moins souvent en terrasse et ne s’affichent plus autant dans les ruelles du secteur. L’AKP ayant par ailleurs procédé au préalable à une taxe considérable sur tous les alcools, celui-ci est devenu un véritable produit de luxe. Il faut compter presque EUR 5. — pour une cannette de bière en terrasse et 15 pour un cocktail très avare en rhum ou en vodka. Bref. Tarifs suisses et même plus. Le salaire moyen tournant autour de quelques centaines d’euros par mois, on imagine aisément que ceux qui sont encore éméchés dans le quartier font d’avantage partie de la jeunesse dorée d’Istanbul que de ses classes populaires.
Si des lieux ont dû fermer, l’ambiance demeure toutefois immuable et s’oppose radicalement à celle religieuse et traditionnelle du quartier d’Usküdar qui lui fait face de l’autre côté de la rive. Jeune, dynamique, cosmopolite, bohème, contestataire, branché, Beyoglu continue de séduire et constitue incontestablement le symbole de la ville laïque et moderne.



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