top of page

Beirut Pride : entre craintes des uns et libertés des autres

  • Photo du rédacteur: Cecilia Mason pour Le Blog des Tournettes
    Cecilia Mason pour Le Blog des Tournettes
  • 17 mai 2017
  • 12 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 janv. 2021

Entre le 14 et le 22 mai dernier, la capitale du Liban fêtait elle aussi sa Gay Pride. Une première au Pays du Cèdre mais un déroulement « en catimini » ont jugé certains médias étrangers. Loin des défilés LGBT de Paris, Madrid ou Berlin, nous avons assisté à cet évènement qui, à la croisée de l’Orient et de l’Occident, revêt une forme et un sens particuliers. Des organisateurs aux hébergeurs en passant par les militants ou les participants d’un soir, entre craintes des uns et libertés des autres, histoire d’une nuit dans les coulisses de la première Gay Pride beyrouthine.

Photographies : © Sabrina Teggar, 2017


Discrète tension

Un dimanche soir de mai à Beyrouth. Alors que le crépuscule cède sa place à la nuit, le trafic ne s’arrête pas et les taxis commencent à déverser leurs premiers lots de fêtards sur les avenues bourdonnantes de conversations du quartier chrétien d’Ashrafieh. C’est dans cette partie de la ville que notre chauffeur continue de klaxonner pour se frayer un chemin au milieu des 4X4 flambant neufs qui se disputent le bitume avec de vieilles Mercedes des années ‘80. Nous nous approchons de la galerie que nous recherchons : Station, une discrète lueur située dans une zone industrielle bientôt plongée dans le noir. Un simple drapeau annonce une soirée aux couleurs de l’arc-en-ciel. « Il vaut mieux être discret », nous avait glissé Nabil en nous conviant à cette soirée quelque peu inattendue dans le monde arabe. Le jour d’avant en sortant d’un musée, nous avions croisé le directeur de cette galerie interdisciplinaire, fondée en 2013. Habitué des projets engagés, Nabil Canaan, vidéaste libano-suisse, recevait le soir-même dans cette ancienne manufacture un évènement d’un autre genre : l’une des soirées de la première Pride de Beyrouth, la Beirut Pride (BP).


Et s’il faut être discret ce soir, c’est que « le sujet demeure sensible au Liban et il faut rester très attentif à la façon dont on l’aborde », rappelle Hadi Damien, initiateur du projet et organisateur de la BP. Derrière l’apparente et étonnante légèreté des nuits beyrouthines, les résistances contre l’organisation de manifestations organisées par la communauté LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres) persistent en effet au Liban, notamment au regard de la mosaïque de religions qui occupe encore une place influente dans la société et l’interprétation de l’article 534 du code pénal qui prévoit une condamnation d’un mois à un an de prison ferme, accompagnée d’une amende de 120 à près de 600 euros en cas de « relations sexuelles contre-nature ». La veille, l’annulation d’un séminaire organisé par l’ONG Proud Lebanon dans un hôtel de la capitale est venue jeter le froid sur le déroulement des festivités. En dernière minute, l’association s’est vue signifier par les responsables de l’hôtel qu’elle était persona non grata. La suppression de la conférence n’a d’ailleurs pas échappé au quotidien libanais L’Orient-Le-Jour qui concluait dans ses lignes le lundi 15 mai suivant que « l’obscurantisme avait gagné ».

Des pressions qui sont d’ailleurs plus d’ordre religieux que politique, murmure-t-on ici. Dès lors, les organisateurs ignorent si l’hôtel en question a reçu des menaces d’institutions religieuses ou s’il a simplement eu peur de s’exposer. Détendu, Nabil continue de s’entretenir tranquillement avec les participants mais n’en demeure pas moins vigilant. « J’ai pris des mesures supplémentaires pour garantir la sécurité des participants », nous informe discrètement le propriétaire du centre culturel.


Un moyen de communication

A l’intérieur de l’établissement, pourtant, la tension n’est pas perceptible. Une ambiance bon enfant embrasse au contraire les lieux, s’étonne une touriste suisse d’une soixantaine d’années. De passage dans la capitale, elle fait partie du public diversifié qui afflue des quatre coins de la ville et du globe. Ici quelques français, là un couple venu du Canada soutenir un proche. Plus loin, les discussions s’animent entre artistes ou simples citoyens beyrouthins. Un auditoire varié car « l’ensemble des évènements est accessible à toute personne pour autant qu’elle soit respectueuse » affirme l’organisateur. Malgré une ouverture affichée et des valeurs communes véhiculées, les ressemblances entre la BP et les autres Prides auxquelles on peut assister en Europe par exemple, s’arrêtent ici.

Articulée autour du 17 mai, une date symbolique puisqu’il s’agit de la journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, « la Beirut Pride n’est pas une plateforme occidentale importée » indique d’ailleurs le site officiel de l’évènement. Ici, point de défilé ou de parade colorée. Les exigences et les revendications existent mais ne sont nullement scandées dans les rues ni brandies sur des pancartes. Pour l’initiateur, il s’agit avant tout d’un moyen de transmettre un discours contre la haine et la discrimination sexuelle au sein de la société libanaise. « C’est un projet fédérateur, une plateforme transversale de communication pour la communauté LGBT et les ONG qui défendent leurs droits ». Habitué à répondre aux questions que se posent les journalistes étrangers sur la tenue d’un tel évènement dans le monde arabe, il déclarait ces derniers jours à CNN que la Gay Pride était constituée d’une trentaine d’événements, « le résultat de nombreuses rencontres avec des organisations non gouvernementales, des artistes et des discothèques. Ils se sont unis pour aider à améliorer la visibilité des personnes LGBT à travers de multiples sites et publics. » La Pride a donc été conçue comme un calendrier amusant et détendu qui propose toute la semaine plusieurs activités en divers lieux de la capitale : conférences, séminaires, projections de films, expositions et histoires de coming-out, comme l’histoire de cette jeune fille de Tripoli, une ville conservatrice au nord du pays, qui a dévoilé hier soir son homosexualité sur Twitter, relate Hadi. Au programme ce soir à Station : exposition de mode sur la fluidité des genres, ateliers de maquillage et spectacle Drag.


Fluidité des genres

Si la joie de vivre et la musique sont des éléments clé de la Beirut Pride, l'art et la mode ont également trouvé ici une place particulière. Sous les lumières tamisées de la galerie, membres de la communauté ou simples visiteurs, militants d’un jour ou de toujours sont invités à découvrir une exposition de vêtements qui mettent en lumière la fluidité des genres. Conçue par des stylistes beyrouthins, cette mode inclassable ne détermine justement aucun genre. C’est ce que nous explique l’un de ces artistes, Joe Arida. Designer d’intérieur reconvertit en créateur de vêtements, Joe s’est trouvé un peu emprunté lorsqu’on lui a demandé de fabriquer des tenues pour des femmes et d’autres pour des hommes. « Ce n’était pas dans ma conception des choses », raconte ce jeune styliste de 28 ans qui a notamment remis au goût du jour l’abbaya, le traditionnel vêtement porté « au-dessus des autres » par les femmes orientales. « Pour moi la mode, c’est une histoire de coupe et de morphologie, pas de sexe. Il existe des femmes qui aiment porter des cravates et des hommes qui préfèrent porter des jeans très serrés, et les deux peuvent très bien aller ». Exposer sa collection lors de la Pride s’est donc imposé à l’artiste comme une évidence, lui qui n’applique justement pas la théorie du genre. Des valeurs qui correspondent au message que souhaite faire passer la GP. « Nous collaborons avec les industries créatives dont les activités sont en phase avec notre positionnement », précise Hadi Damien. Aujourd’hui à la tête de la marque « La Terre est folle », Joe Arida connaît depuis quelques années le succès mais n’en oublie pas pour autant la cause qui nous occupe ici ce soir : « il faut supporter la liberté et ceux qui n’ont pas la chance de l’avoir », dit-il simplement.


Une différence condamnable

Une phrase encore lourde de sens au Pays du Cèdre. Considéré plus « tolérant » à l'égard de l'homosexualité en comparaison à d'autres pays arabes, le Liban n’en demeure pas moins le théâtre de nombreuses discriminations et violences envers les LGBT. Il n’existe pas de statistiques sur le nombre de jugements rendus en vertu de l’article 534 mais il est en revanche certain que son existence conduit à des dérives. Opérations de police et humiliations sont souvent rapportées dans les médias. Intimidés et agressés, les LGBT peuvent faire face à des violences insoutenables. Rendez-vous bien connus de la communauté, boîtes de nuits et autres lieux fréquentés par les homosexuels de la capitale peuvent faire l’objet de descentes de police.


Et les abus ne se limitent pas qu’aux forces de l’ordre. La société libanaise, au sein de laquelle la religion occupe une place dominante, reste encore très conservatrice. « Les libanais ne se montrent pas ouvertement homophobes » nuance Hadi Damien. Mais l’environnement peut porter facilement à juger ». Des humiliations qui se font plus pressantes, à mesure que la position sociale se réduit. « Dans les faits, il s’agit plus d’un problème de castes sociales », encore très marquées au Liban, développe l’organisateur de la BP. « Les personnes qui ont du pouvoir, des moyens, des connaissances, s’en sortent toujours ». Ils ont aussi les moyens de voyager et donc de respirer. « Les gens vulnérables issus de classes sociales moins favorisées rencontrent davantage de difficultés et restent confinés dans une société fermée » poursuit l’organisateur. « Les discriminations commencent par la famille – de nombreux LGBT doivent se cacher s’ils ne veulent pas être chassés de chez eux, puis elles se poursuivent à l’université et dans le milieu du travail », confirme de son côté Bertho Makso, cofondateur de l’ONG Proud Lebanon qui a été justement contrainte d’annuler sa journée de séminaire sur la diversité sexuelle cette semaine. « Vos voisins, votre famille, votre quartier… certains doivent vivre leur sexualité en cachette, fuir leur famille ou leur région » renchérit Hadi.


« Lipsing for your life »

Plus loin, la soirée continue. La deuxième salle a été aménagée en atelier de Drag Queen. Ici, l’application est de rigueur et le temps presse. Dans moins d’une heure, le show LGPBT que le comité a baptisé « Lipsing for your life » va commencer. Les paillettes s’éparpillent, la poudre s’envole. On manie le pinceau avec soin, on promulgue des conseils à son voisin pour composer son personnage, on prend des selfies. Entre cuissardes et chaussures compensées de 15 centimètres de haut, nous avançons. Si les hommes sont de la partie, les femmes ne sont pas en reste. Parmi les nombreux participants occupés à se métamorphoser, nous rencontrons Oscar au rire énigmatique. Rouge à lèvre glamour, faux cils pour souligner son regard et plumes sur la tête, il nous porte aux premiers instants un regard interrogateur derrière son miroir. « C'est la première fois que je me fais maquiller ainsi » nous raconte-t-il finalement. Peu disposé à se faire tirer le portrait, c’est à la vue des photos que nous lui présentons et qui le dessinent en noir et blanc que son visage tout entier s’illumine : « this is gorgeous », s’émerveille-t-il. Se laissant soudain prendre au jeu par l’objectif, le jeune homme s’essaie à la pose et s’amuse avec la lumière en nous distribuant des sourires charmeurs. Dans son quotidien, il ne se transforme pourtant jamais. « Je ne me vois pas me déguiser ou me maquiller dans ma vie de tous les jours, cela ne me ressemblerait pas », dit-il.


21.30 heures. De l’atelier maquillage, le public se dirige bientôt vers la petite scène autour de laquelle des chaises ont été disposées. Petite musique d’intro jusqu’à ce que Dayna prenne la parole. Bien ajustée dans ses jeans baskets, cette jeune fondatrice d’une maison d’artistes anime ce soir avec passion le spectacle Drag où tout le monde est invité à faire une petite chorégraphie sur la musique de son choix. En donnant quelques mots de bienvenue, la présentatrice arrache bientôt des rires à la salle qui commence à se détendre. Car malgré l’énergie positive qu’insuffle une Dayna gonflée à bloc et un public enthousiaste, les participants resplendissants de maquillage ne se battent pas pour monter sur scène. « Vous faudra-t-il un autre verre avant de vous lancer ? » relance l’animatrice.


Drag Queen d’un soir

Oscar* est l’un des premiers à relever le défi. Avant de s’élancer sur la scène pour la première fois, l’appréhension se mesure. « J’avais un peu peur » nous confiera-t-il après sa performance. Actif lui aussi dans le domaine de l’art et de la mode, ce beyrouthin de 28 ans issu de la garde artistique libanaise ne se définit pas comme une Drag Queen. « Pas du tout » souligne-t-il. L’idée ici n’était pas de m’identifier à une Drag » nous explique-t-il. Quand on lui demande de se définir, Oscar n’aime pas non plus s’enfermer dans une posture ou s’estampiller de labels : « je préfère dire que je suis un homme, j’aime les hommes et je couche avec des hommes. Je pense que c’est la façon la plus simple d’expliquer ce que je suis ».


Aujourd’hui très à l’aise avec sa sexualité, ce jeune homosexuel s’exprime librement sur le sujet. « J’étais curieux et très enthousiaste à l’idée de participer à ce show » nous explique-t-il plus tard. Et ce qui l’a poussé à se métamorphoser le temps d’un soir c’est une expérience à la fois banale et traumatisante vécue au début de son adolescence. « Quand j’avais 10-11 ans, je piquais les habits de ma maman, alors que celle-ci s’absentait, et je me déguisais. En grandissant dans une société qui de manière générale n’accepte pas l’homosexualité et qui pense majoritairement que les hommes qui ne ressemblent pas assez à des hommes, qui sont trop féminisés ou qui se maquillent font quelque chose de déshonorant, j’ai développé un certain sentiment de honte ». Une perception qui le poursuivra dans sa vie d’adulte jusqu’à ce qu’il puisse ces dernières années se pardonner et accepter que son expérience vécue n’avait rien de mal. « Se déguiser en femme quand on est enfant n’est pas honteux mais innocent » dit-il aujourd’hui. Me faire maquiller, me déguiser, et monter sur la scène faire ma chorégraphie m’a permis de revivre pour quelques minutes ces moments librement sans penser que ce que je faisais était mal. Aujourd’hui je suis bien dans ma peau, je n’ai pas honte et j’avais envie de le montrer. C’est ce qui a été, je pense, le plus important pour moi ce soir ».


Malgré les retenues initiales et l’embarras des débuts, une quinzaine de personnes défileront sous les rires et les applaudissements nourris du public ce soir-là. Certains sont travestis, d’autres moins. Le personnage peut être exubérant ou discret, séducteur ou amusant, les options sont nombreuses. Chacun amène son propre style, l’important étant de se libérer de ses préjugés. « Cela fait environ 3 ans et demi que je me produis de temps en temps dans les clubs de Beyrouth » nous confie un participant libano-américain qui vient de descendre de scène. A la fois spectateur et intervenant, il est visiblement enchanté par l’ambiance. Entre timidité des uns et craintes des autres, le show est tout de même un franc succès et n’en constitue pas moins une avancée encourageante pour la communauté LGBT. « Je vous assure que de pouvoir assister à une telle représentation est une chose rare à Beyrouth» observe de son côté Nabil dont le centre culturel accueillera encore la BP en mettant ses locaux à disposition de participants désireux de partager leurs histoires et leurs difficultés lors d’une soirée exutoire.


« Un accomplissement en soi »

L’enthousiasme des uns, Oscar, lui, ne le partage pas complètement. Car au terme d'une semaine d'activités et de débats organisés à l'appel de la plateforme, l’heure est au bilan. « J’ai personnellement trouvé un peu décevant que pas plus de monde ne participe au show de drag Queen, on sent encore une certaine gêne » nous confie l’artiste. Un manque d’audace qu’il restitue à la société libanaise dans son ensemble : « cela prouve que se produire déguisé alors qu’on est un homme est une chose encore incroyablement honteuse à Beyrouth » constate-t-il. De son côté, notre Drag d’un soir regrette donc que la BP, bien que dégageant de bonnes énergies, ait manqué de la fantaisie libérée que l’on peut retrouver dans les folles gays prides occidentales. Pour autant, l’article du code pénal n’est selon lui pas la seule source du malaise ni vraiment ce qui menace directement les LGBT aujourd’hui, et ce, malgré toutes les histoires sordides qu’il a pu entendre. « Personnellement, cette loi ou l’homophobie en général ne me touchent plus » affirme notre Drag Queen d’un soir et artiste le jour qui évolue dans un milieu beaucoup plus ouvert. « Je fais ce qu’il me plaît. A présent, la cause LGBT est pour moi une question de compréhension et d’acceptation des autres » poursuit-il. « Entendre par exemple Hassan Nasrallah (ndlr : chef de l’organisation chiite libanaise) ridiculiser les homosexuels en direct à la télévision est selon moi une menace bien plus dangereuse pour les LGBT » décrypte-t-il. Parce que ces déclarations renforcent sournoisement le sentiment d’insécurité et de honte au sein-même de la communauté, qui, par conséquent, a tendance à ne pas s’accepter. En ce sens, Oscar estime comme bien d’autres que la BP a bien travaillé sur cette question, en encourageant en particulier les shows libératoires et les prises de parole, tout en transmettant un message de non-violence. « Il ne s’agit pas vraiment d’une lutte contre la société qui ne nous accepte pas, mais plutôt de combattre la phobie à l’intérieur et pas seulement à l’extérieur ». Et de nous livrer encore : « il faut d’abord s’accepter soi-même, s’affranchir de ses propres préjugés avant de penser à se battre contre les autres ».


Conscient des injustices et des échelons qui restent encore à gravir, Hadi Damien préfère néanmoins voir le verre d’eau à moitié plein plutôt que celui à moitié vide. « Pouvoir organiser un évènement pareil au Liban est déjà un accomplissement en soi » rappelle-t-il en insistant sur les avancées de la cause homosexuelle au Liban – comme le refus de quelques juges de criminaliser l’orientation sexuelle depuis 2009 et la légalisation en janvier du changement de sexe d’un homme transsexuel, qui a fait jurisprudence. « Cela prend du temps mais nous sommes sur la bonne voie », assure l’organisateur de la Beirut Pride. « On a reçu des messages de soutien de plusieurs pays arabes, comme l’Egypte et le Maroc » dont les communautés LGBT leur envient déjà cette liberté. « C’est une avancée significative dont nous sommes fiers, réagit-il. Un signe encourageant pour la promotion de la dignité humaine et la dénonciation de la violence basée sur la diversité du sexe et du genre » conclut Hadi Damien, bien décidé à rempiler l’an prochain pour une seconde édition.


* nom connu de la rédaction

Textes : Cecilia Mason

Photographies : © Sabrina Teggar, 2017


Commentaires


​© 2021 Cecilia Mason

  • Blanc Facebook Icône
  • Twitter Clean
  • Icône blanc Flickr
  • Blanc Icône Instagram
bottom of page