Usküdar, un dimanche fervent en Asie
- Cecilia Mason pour Le Blog des Tournettes

- 23 déc. 2013
- 3 min de lecture

Mosquée Süleymaniye
Photographie : © Miguel Arsenio
Non loin de l’agitation politique qui règne à Kadiköy, le vapür s’approche de la zone voisine d’Usküdar et laisse déferler sur les quais son lot de promeneurs du dimanche revenus de la rive occidentale. Contrairement au quartier ouvrier de Kadiköy, historiquement lié aux revendications syndicales et où l’on se mobilise régulièrement, les habitants ici répondent plus favorablement à l’appel de la prière qu’à celui de la manif. Au chant des muezzins, une foule de fidèles se presse vers les nombreuses mosquées. En plein milieu du trafic aussi dense et désordonné que de l’autre côté, se dresse l’une des plus grandes du quartier. Datant du XVIIIème siècle, la mosquée fut dédiée à Yeni Valide, une favorite de Mehmet IV. Sous sa coupole, les retardataires délaissent leurs portables et se déchaussent à la hâte en cherchant désespérément une place où laisser leurs souliers. En vain. Malgré l’afflux et le léger brouhaha qui se fait entendre à l’entrée, la prière prend pleinement écho. Hommes et femmes séparés mais coordonnés accomplissent les mêmes gestes rituels.
D’autres aspects permettent d’apprécier le côté oriental d’Usküdar. Dans ce district très pieux, les femmes portent plus volontiers le voile que les habitantes de l’autre berge. Ce qui ne les empêche pas de fumer leur cigarette au bar en ricanant avec leurs copines ou de pianoter sur twitter avec leurs ongles ultra manucurés comme de parfaites occidentales. Moins touristique, le secteur se prête également moins à l’usage de l’anglais, même chez les jeunes. L’allemand peut s’avérer parfois plus utile avec les anciens, comme avec ce marchand de tabac qui, à l’instar de nombreux candidats à l’exil en Allemagne, a vécu plus de 10 ans en Suisse allemande près d’Oerlikon. Bien que très religieux, le quartier n’en demeure pas moins très animé, même un dimanche pourtant jour de repos officiel. Jusqu’à la nuit, les habitants se fraient un chemin dans les embouteillages, s’agitent dans les rues et fréquentent les cafés où l’on fume le narghilé. Dans les rues qui jouxtent les quais, quantité de marchands de kebab et de pastanes (pâtisseries) rivalisent d’amabilité pour vous offrir leurs produits frais, mezzés, loukoums et autres baklavas. Souvent identiques voire meilleurs que ceux trouvés de l’autre côté du détroit, ils sont également bien plus abordables.
17 heures. L’écho des chants retentit à nouveau. L’air du muezzin le plus proche vient de la mosquée Atik Valide, perchée sur la colline d’Usküdar, beaucoup plus calme. En cherchant le sanctuaire sur les hauteurs silencieuses, on entrevoit ici et là un point de vue morcelé sur le détroit. Réalisé par le même architecte qui conçut la mosquée de Suleyman, le lieu de culte dispose d’un large ensemble architectural bâti en 1583 pour la sultane Nurbanu, ancienne esclave capturée en mer Egée devenue favorite influente. La jolie cour fleurie constitue un petit havre de paix suspendu au-dessus des embouteillages. A cette heure-ci, la fontaine des ablutions qui trône en son milieu est d’ailleurs plus fréquentée par les chats que par les fidèles.
21h30. Les mosquées illuminées d’Usküdar s’éloignent peu à peu alors que dans le vapür, les rares passagers se réchauffent sur leurs bancs. Un touriste bondit de bâbord à tribord pour recueillir les meilleurs clichés de nuit. Clic clac. Le pont du Bosphore. Clic clac. Dolmabahce. Il faut dire que quand on n’est pas stambouliote on ne veut pas perdre une miette du panorama. Au débarcadère d’Eminönü, le trafic a ralenti. A Sultanahmet, les touristes se font plus rares. Les couche-tard s’en sont allés à Beyoglu.



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